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8 septembre 2021 — Le dibbouk

La maison XII vide.

Un astrologue m’a dressé mon thème astral, un jour. Il a relevé le nez de ma carte du ciel et s’est exclamé : « Flûte, tu n’as rien du tout en maison 12. » J’ai fini mon petit verre de Payse avec lui en silence, parce que visiblement, cela semblait tragique.
C’est en reposant son verre vide qu’il a poursuivi : « Tu n’auras aucun ami, il faut t’y faire dès à présent. »
J’ai accusé le coup comme d’habitude, en hochant la tête. Après tout, que pouvais-je bien faire d’autre ? Puis, un peu plus tard, les lumières de l’automne m’ont semblé consolatrices de cette blessure congénitale qui me paraissait tout à coup évidente.
Et puis je suis rentré dans un bar.
J’ai oublié tout ça comme on oublie ses dettes et ses trahisons.
Je n’y avais plus pensé durant toutes ces années. Mais aujourd’hui qu’arrive la cohorte sempiternel­le des bilans, je m’interroge : ai-je eu le moindre ami véritable en cette vie ?
Et tout d’abord, qu’est-ce que je comprends de ce mot ?
Oui, bien sûr, le fait est que j’ai utilisé ce terme. « Je dîne avec des amis », « j’ai rendez-vous avec un ami ». Presque tous se sont dissous dans la distance que la vie a posée entre nous. La vie, le quotidien, et peut-être aussi une certaine forme de désillusion.
Au bout du compte, je suis bien obligé de reconnaître que la prophétie était on ne peut plus juste.
À une différence près, et qui n’est pas la moindre : je suis devenu mon propre ami désormais.
Tout ce que j’ai autrefois rêvé de vivre, de partager en amitié, je ne le vis qu’avec moi-même.
Et partant d’où je suis parti, je dois admettre que c’est un fameux progrès.

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