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3 novembre 2021 — Le dibbouk

Le marteau et le clou

En tant que professeur, je me rêve parfois menuisier ou charpentier, enfin un truc qui me permettrait d’avoir un marteau et de taper sur un clou. Je veux dire que ce serait sûrement plus efficace que de rabâcher toute la sainte journée ce que sont les valeurs, le contraste, la profondeur et tout un tas d’autres choses du même acabit. C’est sans doute dû, malgré mon grand âge, à cette sorte d’impatience qui ne m’a jamais quitté. C’est-à-dire que j’ai l’habitude de comprendre vite, je dirais au quart de tour, tout un tas de choses. Cependant, dans la pratique, il faut bien avouer que je suis tout aussi démuni que le pire de mes élèves (je ne donnerai pas de nom, n’insistez pas). En fait, je suis sans arrêt en quête de subterfuges, ce qui me permet d’être créatif en matière de pédagogie, si je ne le suis pas toujours en peinture. Je raconte des histoires, je donne une ou deux citations incongrues la plupart du temps, je tourne autour de la table comme un derviche, je chante, je crie, des fois même je pleure. Mais ce que je n’ai jamais encore fait, c’est prendre un marteau et un clou, puis m’approcher du crâne d’un élève et tenter de l’enfoncer. Pourtant, j’y pense régulièrement. C’est là le nœud du problème pédagogique dans tout métier manuel : la cervelle peut assimiler quantité de théories, de lois, de trucs et de bidules, mais si ça ne va pas jusqu’à la main, ça ne sert à rien. La pratique possède sa propre intelligence, qui se passe de tout le reste, y compris d’outils de bricolo.