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26 septembre 2019 — Le dibbouk

Sensualité

C’est un mot féminin, que le masculin tient à distance vis-à-vis de lui-même et qui la plupart du temps s’auréole d’un trouble quand il la détecte lui appartenant, après en avoir joui confusément.

Personne ne nous apprend la sensualité autrement que par le non-dit, par la sensualité subie, vécue. Aucune conversation véritable sur le sujet comme si celle-ci faisait partie de la collection de tabous de laquelle nous devons en tant que mâles nous tenir éloignés.

La sensualité appartient à la femme la plupart du temps et se transmute en « paires de nichons », en « cul magnifique », en « bouche à tailler des pipes » chez l’homme qui désire l’évoquer comme la fuir tout en même temps. La grossièreté est le timbre maladroitement collé sur l’enveloppe que nous adressons à notre propre sensualité, en désirant la salir aux frontières de la vulgarité pour ne pas vouloir être envahi par celle-ci.

Et pourtant dans son nom même s’inscrit le sens. Un sens magistral qui produit l’idée que tout élan, tout mouvement s’élance plus ou moins consciemment vers l’autre, qu’il soit à l’extérieur comme à l’intérieur de nous.

Par le regard, l’ouïe, le goût, l’odeur, le toucher, l’autre, le monde entier se distingue par cette attention sensuelle qu’on lui porte, ou pas. N’est-ce pas la seule réalité tangible à laquelle nous ayons véritablement, homme ou femme, accès ?

S’exprimer sur la sensualité fait rapidement référence à l’érotisme également, une certaine préciosité de la part de l’homme à évoquer le corps féminin m’a toujours frappé de stupeur, comme s’il s’agissait d’un objet sacré. Sacraliser le corps de la femme ne le tient-il pas à nouveau encore éloigné de ce qu’il est vraiment ontologiquement ?

Ainsi la sensualité se tiendrait-elle dans un entre-deux, entre grossièreté-vulgarité et sacralisation-sublimation, ces deux extrémités n’étant que fuites, évocations de la présence d’une absence.

Je me souviens d’un ami, poète pourtant et qui lorsqu’il évoquait la relation que l’homme entretient généralement avec la femme, avait déclaré : « Imagine, tu es avec la plus belle femme du monde et le matin tu vis avec elle dans un petit appartement, les toilettes sont contiguës au salon, fine cloison au-delà de laquelle vous tenez de part et d’autre et tu l’entends péter et chier... »

C’est exactement de cela dont il parlait : de cet écart que nous inventons sans cesse entre le sublime et l’effroi, et qui nous sert sans doute d’instrument maladroit de pesée pour tenter de comprendre ce que nous avons oublié, le seul vrai sens du monde.

Illustration Le Soleil Désir Thierry Lambert 2010