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4 janvier 2026 — Le dibbouk

4 janvier 2026

Se réveiller avec la phrase : on ne prête qu’aux riches. Ce qui m’interroge ce n’est pas l’évidence de cette phrase mais pourquoi vient-elle là sans que je n’aie rien demandé. Peut-être que finalement j’ai demandé quelque chose mais je ne me souviens pas de cette chose. La latence possible entre le moment où l’on demande quelque chose et le moment où on l’obtient. Parfois, j’en mettrais ma main à couper, on obtient des choses sans qu’on se souvienne les avoir demandées. Ce qui fait intervenir le conditionnel : si je demandais cela l’obtiendrais-je, tôt ou tard ? La question de la latence est peut-être liée à l’authenticité du désir. Moins le désir est authentique, plus la latence est grande. La difficulté pour chacun est d’apprendre à comprendre dans quelle mesure un désir est vraiment authentique. Il me semble que dans le bouddhisme il y a une idée comme celle-ci : tout ce que vous souhaitez vous l’obtiendrez tôt ou tard... mais ça peut être dans plusieurs vies à venir (sourire). Autrefois on parlait aussi d’une Perrette et de son pot au lait, ou plus trivialement de ma tante qui, si elle en avait, s’appellerait mon oncle. Mais bon, le présent reste préférable. Je n’attends rien, je suis toujours surpris quand ça arrive. La surprise, en voilà un sujet. Que ce soit agréable ou pas d’ailleurs.
Cette qualité de la surprise ne change pas grand-chose au fait de s’en émouvoir à chaque fois en suivant une sorte d’itinéraire, un schéma. Que ce soit se donner un coup de marteau sur les doigts ou recevoir un remboursement du fisc quelque chose oblige à ouvrir la bouche en grand. Ensuite ce qui en sort est variable et peu importe. Je suis sûr au moment où je l’écris que ce n’est pas important. "Oh bordel de merde" est absolument équivalent à "oh bordel de merde" dans les deux circonstances.
Le danger dans la notion de surprise c’est qu’elle puisse s’éroder. Que l’habitude finisse par se transformer en une sorte d’indifférence à toute surprise, bonne ou mauvaise. C’est lié je crois à cette chose - je n’ose pas dire l’âme, l’esprit non plus puisque l’esprit n’est que le lieu traversé par les états - cette force de vie qui nous anime en perpétuel frottement avec les humeurs qui nous traversent. Moins on fait attention à l’une plus les autres prennent de l’importance, mais cette importance est formatée. C’est une importance qui est normale, c’est-à-dire attendue. Le "il faut" que cela paraisse important. Mais qu’est-ce qui est vraiment important à part la mort. Et encore. Important pour qui, pour quoi ?
Parfois il m’arrive de penser que ce n’est vraiment pas grave de mourir. Ce sont d’étranges pensées, je ne sais même pas si l’on peut appeler ça de la pensée. Peut-être cela appartient-il à ce que je n’ose pas nommer plus haut. J’imagine qu’il en est ainsi pour un joueur de jeux vidéos qui soudain s’aperçoit que son avatar n’a presque plus de vie. Ce sera simplement dommage de ne pas pouvoir atteindre cette fois-ci le level supérieur. Mais on recommencera demain, rien n’est totalement perdu n’est-ce pas ? Oui je crois qu’il est intéressant de ne pas trop y penser, juste suivre la pente à laquelle dégringole le sérieux de ce monde. La mort n’est qu’un simple game over, rien de plus, remettez cinq balles dans la machine et recommencez.
On ne prête qu’aux riches. Michel de Montaigne a déjà écrit tout ce que je peux écrire, même avec une forme disons plus moderne. Mais Montaigne c’est Montaigne et moi ma foi c’est moi.

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