## construire #09 | Le roman que je n’écrirai pas
J’aurais voulu écrire des romans d’amour, mais non finalement non je n’en écrirai pas . cela aurait permis à une facette assez fleur bleue de moi-même de s’exprimer. Mais vraiment je pense qu’elle est trop fleur bleue cette facette, ce serait mou comme de la chique un roman d’amour écrit comme ça, j’ai tourné et retourné plusieurs fois cette possibilité et en fin de compte je me suis aperçu que le moteur essentiel qui m’aurait autorisé vraiment à écrire des romances c’est l’argent que j’aurais potentiellement pu gagner. Mais je connais l’histoire de Perrette et le pot au lait et aussi les si on mettait Paris en bouteille.
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J’aurais voulu écrire des romans de science fiction mais le résultat obtenu quant à quelques nouvelles que j’ai publiées sur ce site dans ce domaine me paraissent un peu trop abstraites pour séduire vraiment un public large ce qui me ramène directement au même moteur que pour les romances, ce genre de livres ne seraient écrits dans l’espoir d’un grand tirage, d’un large public et c’est paradoxal puisque j’aborde le genre sous un angle abstrait, sans doute trop intellectuel.
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je ne publierai probablement jamais de recueil de poésie, la poésie demande encore plus de travail à mon sens que la prose. Encore que je ne me dénie pas une sensibilité poétique mais ne l’ayant jamais vraiment travaillée comme sujet ou objet, et vu le temps que j’estime à devoir la travailler correctement je ne préfère pas.
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Je ne publierais certainement pas non plus mes carnets de manière exhaustive car je connais trop l’accumulation de roublardises de fausses maladresses et de vraies pour me permettre une telle tentative.
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je n’écrirais pas des romans de cape et d’épée parce que j’ai essayé de relire Ivanhoé et Dumas et que j’ai abandonné au bout de dix pages. Les romans de cape et d’épée demande de la documentation historique, c’est à dire du temps de l’énergie et de se projeter dans une époque qui ne me fascine pas particulièrement.
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je n’écrirai pas de roman érotique en raison un manque de vocabulaire pour écrire quelque chose dans ce genre qui me paraisse correct ou plutôt je me réfugie derrière l’idée de ce manque parce que ça m’arrange assez comme excuse. je pense qu’il y a de la pudeur derrière cette excuse et toujours aussi l’idée de la perte de temps et le fait que j’ai clairement dépassé le milieu du chemin que je ne peux guère m’autoriser à flâner dans ce genre d’imaginaire même s’il parait à priori fort intéressant.
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Je n’écrirai jamais de roman contemporain à la façon de Laurent Mauvignier où une seule phrase fait un livre entier. Je trouve que c’est un bel exercice mais je ne me sens pas du tout attiré pour m’y coller et puis ce serait peine perdue, temps perdu, je ne suis pas Laurent Mauvignier.
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Je n’écrirai certainement pas jusqu’au bout certains livres dont le projet même est déjà bien avancé parce que je préfère le regret à la déception.
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il y a des livres que je ne peux pas dire tout à fait que je ne les écrirai pas, ils sont déjà écrits mais je ne les offrirai pas en pâture au public parce qu’ils me sont trop personnels sans doute, que j’y suis encore trop attaché, que je n’arriverai probablement jamais à m’en détacher.
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Je n’écrirai jamais le roman dont rêve mon personnage parce que mon personnage ne rêve pas.
Je n’écrirai pas la vérité parce que je ne pense pas savoir grand-chose de ce qu’est la vérité, parce que je pense qu’on ne peut approcher la vérité que par une accumulation de mensonges.
Je n’écrirai plus des choses séduisantes afin d’être admiré ou détesté, pour me venger ou pour qu’on me félicite.
Je n’écrirai jamais le vide qui me constitue parce que ce vide m’emmerde et que je n’ai pas vraiment envie d’emmerder le monde.
Je n’écrirai jamais sur mon pire ennemi car cela dévoilerait trop l’affection réelle que j’ai pour lui.
Je n’écrirai jamais un journal de deuil car il est trop tard, je n’ai pas eu besoin d’écrire pour faire mes deuils — du moins c’est ce que je veux croire.
Je n’écrirai jamais tout le mal que je pense qu’on m’a fait réellement parce que je ne sais pas dans quelle mesure exactement ce mal me constitue.
Je n’écrirai plus le bien que l’on m’a fait non plus car désormais c’est toujours mal interprété, et puis souvent c’est assez ridicule.
Je n’écrirai pas que j’écrirai ceci ou cela avant de l’avoir écrit, relu et corrigé.
