Décembre 2025 synthèse du mois

1er décembre 2025

Et donc te voici en décembre. Le silence vient tout seul. Je pense à une pièce vide : un tabouret au milieu, les murs blancs. — Est-ce qu’on sort jamais de l’abandon ? Je jette ça comme une pièce sur la table.

Il me dit : tu avais commencé à écrire là-dessus, les figures de l’abandon, puis tu as tout lâché. Dès que tu vois poindre une autorité en toi, tu sautes par la fenêtre.

Je ferme les yeux. Le portail vert de mes grands-parents, la peinture qui craquelle. L’odeur de fer rouillé et de gasoil. Le soir d’hiver, la buée qui sort de la bouche.

  • Reviens aux sens. Arrête de t’enfuir en métaphores.

Je n’ai pas honte. Je suis la honte.


3 décembre 2025

Dessillement. Voir clair au-delà des apparences. Hier soir, j’ai imaginé d’autres civilisations — plus âgées de quelques milliards d’années, ou ayant existé sur Terre sans laisser de traces. Face à l’incommensurable. Nous filons vers la démesure, mais jamais vers l’impossibilité de mesurer.


4 décembre 2025

Rêve : G., mort depuis trois ans, et une histoire de clefs perdues. Confusion entre glycine et vigne. 4 h 35.

Je pensais en avoir fini avec le chamanisme et la peinture. Le Covid, l’impossibilité de prendre ma retraite, la certitude d’avoir été un imposteur dans de multiples domaines. 2022 marque l’effondrement. Trois années où je devins un cétacé, ne remontant respirer qu’en écrivant.

Hier, atelier sur le visage. M.C. me rappelle que j’ai la clef du local de C. depuis tout ce temps. La lui rendre est comme une délivrance.


5 décembre 2025

Du Bourbonnais au Vexin : Parmain, une Oise sombre qui sentait le fuel. Les berges couvertes de déchets. Ma vie scolaire a dégringolé.

En cours de français, j’ai dit "Mirabeau" au lieu de mon nom, croyant que c’était un jeu. Le silence, les rires. J’avais un accent terrible, les chemises cousues par ma mère, le pantalon trop court.

À dix ans, la vie m’a tué une fois de plus

La naissance du dibbouk — ce double qui parle à ma place — remonte à cette période, entre l’Oise noire et le fou rire de la classe. Ou peut-être d’encore plus loin, d’un secret conservé de mère en fille depuis les pogroms.


6 décembre 2025

H. peint du bras gauche. Elle ne parle qu’avec des onomatopées. Droitière autrefois, elle apprend vite. Ses états d’âme à elle s’appuient sur des raisons solides. Les miens sont des bulles de savon.

En rentrant à pied, j’ai vu le bleu sombre du ciel sur les murs ocres — un accord qui serre la gorge.

J’utilise Deepseek pour traquer mes bavardages. Ce que l’IA produit est médiocre, mais cette médiocrité m’oblige à puiser dans ma propre langue.

Comme H. avec son bras gauche, comme le peintre chinois Wu Daozi qui disparaît dans son tableau : nous créons avec ce qui nous manque.


7 décembre 2025

Pour le dehors : Fin du spectacle.

Pour le dedans : ça suffit.


11 décembre 2025

Toussaint raconte que Crime et châtiment a déclenché chez lui le désir d’écrire. Moi, je mélange journal, essai, fiction. C’est là que surgit "l’homme du sous-sol contemporain" : enfermé dans son écran, saturé de phrases toutes faites, de honte sourde.

Le nœud : cette hésitation volontaire entre auteur, narrateur et lecteur. Le sous-sol où la confusion est travaillée plutôt que résolue.


12 décembre 2025

Je me dirigeais vers Tarjuman. Après Hayra, les chevaux ont disparu. J’ai listé mes peurs dans le carnet. Mais je cherchais surtout à éviter la honte.

Ce que je fuyais : pas la route ni les chevaux. La honte comme point d’arrivée, lieu prévu d’avance. Je m’arrête, je rouvre le carnet. Mes doigts tremblent au-dessus de la page.


13 décembre 2025

J’ai longtemps refusé les protocoles. Ils m’apparaissaient faux, industriels. Puis j’ai compris : un protocole peut être une rambarde pour empêcher de dériver, pour tenir une forme qui laisse passer moins l’ego.

Je cherche un protocole où le mot à mot fabrique un moyen de traduire le réel. Une poésie qui joue son vrai rôle : interprète par images, par symboles. Non pas copier le monde, mais y participer.


14 décembre 2025

Cette semaine : j’ai gagné ma vie. Préparé l’import Markdown vers Scribus — échec. Il faudra tout reprendre ligne par ligne.

L’utilisation de Notion s’avère intéressante. En ayant injecté ma base d’articles, je peux tout demander. Le gain de temps est spectaculaire. Mais qui commande, au bout du compte ?

Perplexe, mais pas sidéré. Trois récits sortis de : perplexité + honte. L’ambiguïté fondamentale de l’esprit humain échappe aux machines.

L’idée de communauté m’est insupportable. J’ai mis un pilote automatique pour les cours. Une sidération me colle au sol.


15 décembre 2025

Super U. « La France ne peut être la France sans Jésus-Christ. » Mon voisin parle de BlackRock et d’abattages. Le boucher m’explique que le prix est par cinq kilos. Foie gras déveiné : 50 euros. On sera quinze ou seize à Noël.

Je me sens déjà mal : les pièces pleines, la chaleur, les voix. Recevoir quand on n’a rien donné, c’est se retrouver à découvert.

Hier, déjeuner chez D. Politique à table. S. voudrait qu’on déménage. Moi je parle de la Grèce.

Par moments je me vois partir seul. Une île. Écrire autant que je veux. Entendre une langue que je ne comprends pas.


16 décembre 2025

Cette nuit, rêve : nu au milieu d’une pièce blanche. Des voix asexuées m’accusent depuis une coursive. Elles m’arrachent des lambeaux de peau. Puis une voix demande : « Et toi, qu’est-ce que tu fais là ? »

J’ouvre la bouche mais c’est leur voix qui sort. La phrase se forme : « Je suis là. » Puis la question revient, sortant de moi.

Je me réveille au moment où ça continue dans le noir. Honte non pas d’être nu, mais d’être exactement ce qu’on attend.


17 décembre 2025

Après le passage du vent, le ciel révèle un bleu insupportable. Ces bouffées de clarté coïncident avec la perte d’une illusion. Une lucidité glaciale.

Ce matin, dans une cuisine ordinaire. La télé chuchotait : « chez vous ». Difficile de dire chez moi sans entendre quelque chose de faux.

Chez nous n’a jamais tenu longtemps. Une fiction qu’on utilisait comme vérité de fortune. On appelait ça chez nous pour ne pas regarder les fuites.

Chez l’hirondelle, la salive est le ciment — une parole qui se fait nid. Tout ce qui tient chez nous tient par des phrases, des formules.

La télé chuchote un fait divers. Sur la table, un couteau à manche de bois. Il suffit de presque rien pour que le monde bascule dans l’interprétation.


18 décembre 2025

Ce genre d’amitié est un faux nez. Les mafieux disent « c’est un ami » — simple mot de passe. J’ai rangé ma boîte à musique. Pris ma place dans la file pour voir le Grand-Guignol.

La réalité est un labyrinthe. Si vous ne vous mettez pas dans le crâne que vous ne vous en sortirez pas, vous vous traînez. Mais ce « partout » est une facilité : il existe des exceptions, des endroits où l’on respire.

L’apprentissage a tordu le regard. Parfois des remontées : nostalgies de l’époque où « c’est un ami » ne voulait pas dire piège.

Grosse promo sur l’oignon : dix kilos. Programme de stages refait pour 2026. Plus Noël approche, plus la dépression approche.


19 décembre 2025

L’effort, le courage, la volonté : j’ai des doutes. Ça part d’une soif, sinon ce n’est pas la peine.

Un billet d’humeur : est-ce que ça « tient » dans la durée ? Les mots du moment ne résisteront pas. L’air du temps.

Soucis avec un petit-enfant : il ne peut plus aller à l’école. Consultation en psychiatrie lundi. Je sens remonter de vieux réflexes : un coup de pied au cul. Mais nous ne vivons pas tous en même temps dans le même monde.

Hier soir : pirojkis. Reprise du cycle été 2023 du Tiers Livre. L’idée : créer un PDF en accès libre. Fluidité sur Scribus.


20 décembre 2025

Devant le pot à cuillères en bois : la beauté dépend de la lumière. Jules Verne connaît le début, le milieu et la fin avant d’écrire. Moi, j’écris au fil.

Hier soir, achevé de recopier l’atelier été 2023. En le relisant : c’est un type énervé qui écrit. L’énervement tient à la musique des phrases.

Qu’est-ce que je fabrique en exposant tout ça publiquement ? S’immuniser. Petite dose contre le désir de reconnaissance. Le jour où quelqu’un vous reconnaît vraiment : gêne, capture, assignation.

Demandé à ChatGPT cinq descriptions de lieux à partir de Rabelais. Provoquer un hasard. Thélème : l’espace est la condition de l’éthique.

L’intention bascule au lecteur. Celui-là, précis, qui décide si ça tient — ou si c’est juste un passage de lumière sur un pot à cuillères.


21 décembre 2025

Mal de dent depuis une semaine. Douceur de cette fin décembre. Je ne connais rien de personne sauf ce que j’en imagine — cette phrase remet le monde à sa place.

Je pourrais aller à la boulangerie avec détachement. Ou partir vers Marseille, vers Paris. Marcher nuit et jour. Cette mécanique du départ qui ne mène qu’à sa propre relance.

Il faut un point fixe pour couper court à l’infini : écrire chaque jour dans ce carnet.

Les réécritures : l’énervement, une urgence, un malaise. Hier, osé en finir avec une certaine idée du site. Créé des sous-rubriques « Atelier ». Taillé dans le vif.

S. très excitée à l’idée de quitter les lieux. Moi, mi-figue mi-raisin. Je me crois rapide, et je suis très lent.


22 décembre 2025

Deux heures du matin : déplacé des textes en masse. L’admin SPIP ouverte, lumière froide. Impression de vider une armoire.

Ça soulage et ça fait peur. Dans l’interface, je suis efficace. Mais ce qui reste : le gamin perdu dans un corps de vieux, qui croit qu’un bon tri va régler le fond.

La partie « Carnets » est encombrante. Continuer ces textes quotidiens, ou écrire des fictions, vraiment ? Mener les deux de front : au-dessus de mes forces.

Les pires distractions viennent de dedans : doute, fausse piste, euphorie, déprime. Ça tourne tout seul.


23 décembre 2025

Chronique d’une horreur algorithmique

L’IA a engendré des URLs dont la géométrie défie toute logique. Des liens vers des abîmes — ces « 404 » qui sont les bouches béantes du néant informatique.

J’ai dû invoquer les Anciens Rites du Bash. Les codes HTTP défilent : 200… la vie persiste. 404… l’âme s’envole dans l’éther noir.

Même nos guillemets droits ont réveillé la colère de la Google Search Console. Remplacés par des guillemets français, talismans protecteurs.

Le cache est un cimetière d’anciennes versions. Il faut profaner ces tombes pour que la vérité éclore.

Texte & Illustration : Gemini Flash


24 décembre 2025

Deux scripts Python pour analyser ma production. Rupture : passer d’une accumulation passive à une confrontation active. Près de 4000 textes entre 2018 et 2025.

Workflow : injection dans Obsidian. Un clic sur « dispositif » regroupe des années de notes. L’IA a révélé : « utérus », « coquille », « protection ». Un mécanisme de défense contre le vide. Je ne suis plus la victime du vide, mais celui qui l’organise : le « Maître du Vide ».

Cette armure abandonnée au milieu d’une fête foraine résume mon cheminement. On construit une protection pour découvrir qu’elle est devenue une entrave.

L’IA m’a permis de dégrafer cette armure plus vite. Passage d’une écriture de défense à une peinture d’exposition.


25 décembre 2025

Reçu une bouteille de Whisky du Pays de Tronçais, marque Aumance. Ce matin, ça parle de mots-croisés chez Lovecraft. Comment faire quelque chose avec ces signes ? L’écrire perce un mur.

Hier, la neige. Nous sommes rentrés prudemment. Tant que je conduisais dans ce blanc, la neige imposait sa trêve. Silence visuel, apaisement du regard.

Mais une fois à la maison, la rage de dents s’est déclarée.

Notes dans un souterrain, traduction Markowicz. Cette manière de ruminer, de toujours contredire. Dostoïevski juif par cette syntaxe qui bégaye, ce refus de conclure.

J’ai repensé à ma mère face à mon père. Un esprit slave dans un crâne gaulois. Ce « hachis » face à la contrainte de devenir lisse, clair, élégant.

Cette élégance, je l’ai payée cher. Quitter le Tronçais pour le Val d’Oise. Mon accent bourbonnais que j’ai dû effacer.

Puis l’idée : il serait temps d’en finir avec ça. Cherché par mot-clé : Estonie, juif, mère. Trouver la forme qui leur correspond.

C’était l’accent de ma grand-mère estonienne : « Ma séri » au lieu de « mon chéri ». Ce mot, à la fois méthode et caresse lointaine d’une langue hachée. Sur ce mot, j’ai trouvé le sommeil.


26 décembre 2025

Ces planches pourraient faire penser à un cercueil. J’ai le squelette que je cherchais : un code pour extraire l’occurrence d’un mot dans tous les billets du site. Export en Markdown.

Créé « Atlas Mnémosyne ». Sous-rubriques : Voix, Gestes, Objets, Lieux, Typographie, Rêves. Des systèmes solaires avec satellites. Le soleil, c’est le mot.

Rouvrir la boîte en fer. Reprendre chaque carte postale écrite en estonien. Faire traduire par IA. Présentation par planche, avec textes et photographies.

Difficulté : les sélections. Comment décider qu’un extrait vive ou meure ? L’image des camps revient. Agitation du dibbouk.

Règle : ne rien montrer tant qu’une planche n’est pas achevée.

Ciel bleu, froid sec. J’ai cours. Hâte de revenir aux sélections.


27 décembre 2025

Rêve étonnant : un hippopotame noir. Bruit horrible de ferraille. Bien avancé sur l’Atlas. Plusieurs planches réalisées. Carottages dans la matière du site.

Problème : les images. Aller puiser dans la boîte en fer. Scanner les cartes postales écrites en estonien.

Tant de projets commencés. Est-ce que je travaille vraiment, ou est-ce que je me donne l’impression de travailler ?

Deux heures de cours. Ensuite, tout l’après-midi et dimanche. Mais je n’ose pas gâcher ce genre de plénitude.


28 décembre 2025

On commence par la tentation du monument. Bâtir une somme, un rempart de mots. On appelle Warburg à la rescousse. Mais l’édifice s’effondre.

On se tourne vers la machine. On la somme de simuler nos vertiges. Chercher dans le métal ce que Warburg chercha dans les murs de Bellevue : le moment où l’image devient démon.

Grand effroi de ce siècle : s’apercevoir qu’on n’invente rien. Qu’on ne fait que rejouer des probabilités.

Alors, on redescend. On quitte les hautes cimes pour le plus humble. On délaisse l’Atlas des savants pour l’inventaire des restes. On cherche dans le chaos des visages oubliés, des lambeaux de papier.

C’est là que se joue le vrai travail : non plus expliquer, mais recueillir.

Ce dimanche n’est pas une étude, c’est une halte devant le gouffre. On fouille la matière du silence pour tenir. On ne cherche plus la vérité universelle, mais la justesse d’un seul fragment.

On se tient dans la pénombre d’une pièce qui n’attend plus rien, et l’on décide que sauver une seule forme de l’oubli suffit à justifier qu’on ne cède pas encore au noir.

Pour continuer