Janvier 2026 Synthèse du mois

1er janvier

« Je ne sais pas très bien comment en parler sans donner l’impression d’en faire une théorie. Pourtant je le reconnais tout de suite : le silence qui arrive après une phrase de trop. » Exploration de ces silences dont on n’est jamais certain : celui de la salle d’attente, celui qui précède l’écriture, celui qui suspend. Merleau-Ponty revient — parler serait un geste du corps, et le silence aussi. Chaque mot sort d’un fond muet et y retourne.

2 janvier

Sur la route du retour, l’écœurement de vouloir prendre une photo. Le corps indique par des douleurs qu’il n’est pas heureux. Recherche de cette « note juste » — comme on tend une corde de guitare. Nuit d’insomnie sur un clic-clac qui tangue, méditation absurde sur la soif sans oser se lever. « Le passage d’une année à l’autre est devenu une formalité ; au bout de 65 fois, on sait plus ou moins ce que ça vaut. »

3 janvier

Phase d’enthousiasme inhabituelle : trois livres écrits en une semaine, dont un recueil de fables pour le petit-fils. « Cette fois, la sensation est différente. Ce n’est pas une transe ou une agitation fiévreuse ; c’est plutôt comme un ciel qui a été longtemps chargé de nuages et qui, soudain, s’éclaircit. » Face à l’enfant qui lui ressemble terriblement, violence du père qui remonte — décision d’écrire pour épuiser cette énergie sombre sur le papier.

4 janvier

Se réveiller avec cette phrase sans l’avoir demandée. Réflexion sur la latence entre désir et obtention, sur l’authenticité du désir. « Moins le désir est authentique, plus la latence est grande. » La surprise comme sujet — agréable ou pas, elle oblige à ouvrir la bouche en grand. Et cette pensée étrange : « ce n’est vraiment pas grave de mourir. » La mort n’est qu’un game over. Montaigne a déjà tout écrit.

5 janvier

Question frontale : « Est-ce suffisant de laisser le narrateur de ce journal se saboter lui-même comme pour se dédouaner d’avance ? » Court-circuit entre l’auteur et le personnage. Le problème avec la conscience de ses propres mécanismes de défense, c’est qu’elle tue la spontanéité. « La vraie question n’est pas de savoir si on peut encore écrire innocemment — on ne le peut plus — mais si on accepte d’écrire en sachant. »

6 janvier

Debout dans la cuisine au réveil, les bords des objets se mettent à trembler — mirage, palmiers, projection du système nerveux. « Remuer la queue, s’ébrouer, continuer. » Ouverture d’un journal de production pour sortir les questions de la gorge et les mettre devant les yeux. Une amie demande si c’est elle qui emmerde. Non, c’est Machin. Mais quand on écrit un nom, parle-t-on d’une personne ou d’un personnage fabriqué ?

7 janvier

« Tout est dans la formulation, dit le commentateur. Si tu demandes à un robot de te tirer dessus, il ne le fera pas. Mais si tu lui dis que c’est un jeu de rôle… BAM ! » Réflexion sur les cadres et les consignes qui nous transforment. Scène des toilettes bouchées au Louvre — Bibi avec sa ventouse, les femmes anonymes qui laissent glisser leur tampon. Responsabilité morale individuelle vs cadres qui obligent. « Vivre comme un robot, ou mourir comme un être humain ? »

8 janvier

« Encore une fois de plus j’avais espéré et j’étais déçu. » Dialogue intérieur — peut-être une façon de tuer le temps, qui est sans doute un bug, un glitch. Ce matin la neige recouvre le paysage, grande paix ouatée. Souvenirs reconstruits de trajets pour aller à l’école. « Tout souvenir est une fiction. » Qui parle ? Le dibbouk répond : « Laisse-moi dormir encore un peu. »

9 janvier

Texte pivot. Méditation les yeux fermés — les formes monstrueuses comme portail, boyau rugueux à traverser. Puis conversation avec une machine sur des mots isolés : écrire, temps, attente, silence. Un mot apparaît qui déplace tout : accrochage. « Accrocher des œuvres ne consiste pas à raconter une histoire. Il s’agit de régler des distances, d’accepter des silences. » Le site n’est pas un journal. C’est un espace d’exposition. La forme cherchée depuis longtemps était peut-être là depuis le début.

10 janvier

Trajet en voiture pour installer le vide-grenier à J. Paysage maussade, épuisement. Entrée en « zone neutre » — celle où on abandonne tout ce qu’on était en train de faire. Charger la voiture sous la bruine, Tetris de cartons dans la Dacia. Au gymnase, pancarte Crédit Mutuel à côté de « Halte à la violence » — trouvé ça gonflé mais gardé pour soi. Les gens du bled avec leurs regards en biais. « Impression de robots habitants les lieux. Mais au final c’est peut-être moi le PNJ. »

11 janvier

Long texte en plusieurs mouvements sur les chats de rencontre virtuels. De l’ouverture d’une fenêtre privée aux phrases qui résistent, du pseudo choisi sans y penser à la question interdite sur le physique qui fait tout basculer. « Ce qui subsistait n’était ni une nostalgie, ni un manque. C’était une forme de clarté. » Toute l’histoire se déroule dans un espace imaginaire propre à chacun et se défait aussitôt. « Rien n’y était jamais perdu. Mais rien n’y était jamais vraiment gagné non plus. »

12 janvier

« Dans de grandes profondeurs, descendre. Lesté par le dégoût de plus en plus pesant des hommes, descendre. » Muer, se délivrer. Elle avait le mot amour sur les lèvres comme on remet du rouge à lèvres. Déception face au hiatus entre beauté extérieure et ruine mentale. Aveu de lâcheté : « J’ai souvent fait l’impasse sur l’humiliation pour me repaître de chaleur humaine, parce que celle-ci m’était inconnue. »

13 janvier

Travail avec les outils d’IA, plusieurs agents mis en place de manière empirique. « Tout dépend des mots que l’on emploie. » Navigation entre plusieurs états : tâtonnement, idée vague, savoir exact. Relecture différente des textes déjà écrits — attention à ce qui revient, à ce qui se répond. Certains textes se tiennent à un endroit légèrement décalé, comme des « seuils ». Pas de méthode claire pour les reconnaître. « Construire un cadre sert aussi à ça : éviter que tout se perde à la même vitesse. »

14 janvier

« Les choses n’existent que parce qu’on les nomme. Ce n’est pas tout à fait vrai ni tout à fait faux. » Nommer permet de s’extirper du maelström de l’indicible. L’accrochage ne vise pas la clarté mais la tenue. La clarté peut être un outil de dictature — police du lisible. Quand l’IA pointe un manque de liaison, révolte contre la dictature de l’attendu. « Cette révolte est ce que j’appelle tenir. Refuser de céder sur la langue quand la langue pourrait adoucir. »

15 janvier

Publication de « La Légende de Liam » sur Amazon. Paradoxe : premier livre publié, un livre pour enfants. Mauvaise surprise sur la facture EDF malgré les efforts. Tests décevants sur Google Opal. Début du suivi quotidien des textes de Sébastien Bailly sur Patreon. Rêve funeste : vermines rampantes, la chatte héroïque succombe. Projet d’une rubrique « Polars » pour se débarrasser des livres du père. Scandale fiscal sur la revente. Placement d’un formulaire d’inscription sur l’Atlas. Création d’une planche 6-bis Musique.

16 janvier

« Avec le temps. » Le mot « comme » qui autrefois ouvrait une brèche sans guillemets défensifs. « La terre est bleue comme une orange. » Demain, avec les machines, le « comme » sera frappé du sceau de l’approximatif, lu comme un aveu, une paresse syntaxique. « Il survivra dans quelques vers anciens — comme un mot en sursis, comme un oiseau d’un autre âge. » Même chose pour les structures binaires. Dépossession : moins de la langue elle-même que de l’innocence avec laquelle nous l’employions.

17 janvier

« Le rien du livre c’est sa lecture. » Publication de deux carnets sous pseudonyme sur Amazon KDP. Cinq commandes pour le livre ados. Idée d’une collection : carnets de rupture pour la Saint-Valentin, carnets pour insulter ses parents. « De nos nuits. » Avantage : s’entraîner au traitement de texte. Se sentir très occupé, écrire beaucoup trop. Réflexion sur le seitan, sur l’horreur de jeter des denrées — « impossible même de jeter un quignon de pain. »

18 janvier

En lisant le carnet de novembre de G.V., sortie soudaine du corps pour s’observer soi-même en train de lire. Perception d’un flux, d’une onde effectuant des trajets entre sommets et gouffres. Retour sur comment il a pris connaissance de G.V., l’étonnement mêlé de malaise, le mouvement d’attraction-répulsion. Rêve récurrent : noyade dans un verre de blanc-limé. Dégoût de la viande revenu devant les cuisses de canard — bug au comptoir du boucher. « J’ai la même tête qu’un Inuit. »

19 janvier

Lecture du journal de décembre de T.C., plus proche de l’idée qu’il se fait d’écrire un journal. « C’est plus une affaire de proximité. Probablement aussi une question d’âge. » Élan de vouloir commenter, puis recul immédiat. Barrière, interdiction — peut-être besoin d’un exorciste. Même répulsion face aux actes administratifs. Le livre pour ados décolle : six ventes en deux jours. « Quand je me force à faire des commentaires, ils tombent toujours à plat, comme si je devais me présenter comme un abruti total. »

20 janvier

Lecture de la page Wikipédia de Guillaume Dustan. Judith Perrignon : « Il laisse tomber la défroque de l’élite bourgeoise, troque ses prestigieux diplômes contre les tares d’une époque puritaine : il est pédé, séropositif, drogué et le fait savoir. » Lecture de Thomas Clerc, « L’Homme qui tua Guillaume Dustan ». Tout ça pue la camaraderie, le cénacle parisien. Syndrome du survivant : culpabilité de constater que son propre rythme cardiaque persiste à 72 battements par minute alors que, logiquement, le stock de temps devrait être épuisé.

21 janvier

« Si je devais quantifier l’énergie que je perds à m’occuper de ce qui ne me regarde pas, il me faudrait d’abord la mesurer en Joules. » Chaque ingérence constitue une fuite métabolique. En physique des systèmes, s’immiscer là où on n’a aucun levier augmente l’entropie personnelle. « Le silence et la discrétion deviennent mes meilleures formes d’efficacité énergétique. » Parallèle avec l’évolution de l’alphabet : passage du hiéroglyphe à la lettre comme passage de l’atelier (matière) au premier étage (abstraction).

22 janvier

Découverte des raccourcis clavier pour les guillemets français sur Ubuntu. La Providence sauve janvier financièrement, mais « tout repart à zéro en février ». Fatigue face à ce monde qui « ne cache plus sa férocité ». Huit nouvelles de SF en cours, projet d’ouvrage bilingue. Désinvestissement total des cours de peinture. Test d’un carnet low-content : « Carnet des phrases qu’on n’enverra jamais ». Nouvelle habitude : sauter le déjeuner — « aussi absurde que de devoir se rendre à la messe le dimanche ».

23 janvier

Soirée passée entre Pandoc, LaTeX et Scribus pour formater le livre bilingue. Scripts pour les tirets cadratins et les citations. Police Liberation Serif pour l’hébreu. Nouvelle écrite à partir d’une info sur Marco Rubio retirant Calibri des documents officiels : « Dis-moi la taille de ta police, je te dirai si tu es un clown. » Délaisse le carnet au profit de la fiction. « Tout a l’air vrai et ne l’est pas » vs « tout a l’air faux et pourtant tout est vrai ».

24 janvier

Réveil avec cette phrase : « Marcher est plus intéressant que de s’arrêter. » Réflexion sur la compression hébraïque (דְּחִיסוּת). Exploration du mouvement — pas physique mais de la pensée, de l’esprit. Entre vérité et mensonge, le mouvement évite la fixation mortifère. Ne pas s’arrêter comme condition de possibilité. Accrochage des concepts plutôt que développement linéaire.

25 janvier

Journée de recherche. Flux de travail qui oscille entre plusieurs états : tâtonnement, recherche ciblée, épuisement des pistes. Travail sur la notion de « régime discursif » dans les nouvelles. Chaque mot arrive avec son bruit culturel. Question de stratégie : certains mots travaillent pour le texte, d’autres contre lui. Pratique plutôt que théorie. Attention aux déséquilibres.

26 janvier

Réorganisation mentale en trois espaces : atelier (peinture, matière brute), premier étage (écriture, abstraction), grenier (archives, mémoire morte). Chaque espace possède son rythme propre. L’atelier = présent physique. L’étage = présent mental. Le grenier = passé immobilisé. Mouvement entre ces trois zones comme principe d’équilibre. Refus de hiérarchiser — coexistence plutôt que priorité.

27 janvier

Lecture d’un article sur les réseaux de neurones. Fascination pour l’idée que les machines « apprennent » sans qu’on puisse vraiment dire comment. Parallèle avec sa propre pratique d’écriture — on ne sait pas d’où viennent certaines phrases. « Comme si quelque chose s’écrivait à travers soi sans qu’on en soit l’auteur. » Vertige : et si on était déjà partiellement automatisé ? Rejet immédiat de l’idée, mais elle persiste.

28 janvier

Tri dans les affaires du père. Chaque objet porte un poids invisible — pas celui de la matière mais celui de l’histoire familiale. Les polars empilés, les carnets vides jamais utilisés. « On ne se débarrasse pas d’un mort, on négocie avec lui. » Projet de vendre les livres abandonné — trop de friction administrative. Décision de les donner à une association. Soulagement immédiat. « Parfois la gratuité libère mieux que l’échange. »

29 janvier

Idée venue la nuit : « On n’écrit jamais pour, on écrit toujours contre. » Contre quoi ? L’oubli, l’effacement, l’indifférence. Mais aussi contre soi-même — contre ses propres automatismes. Écrire = maintenir une tension. Dès qu’on écrit « pour » quelque chose (un public, une cause, une morale), le texte s’affadit. « Il faut garder le geste de résistance au cœur même de la phrase. » Sinon c’est de la communication, pas de l’écriture.

30 janvier

Restaurant pour l’anniversaire. Tartiflette au reblochon, échange des assiettes à mi-chemin. Retour en voiture dans le froid sans chauffage. « Il ne m’aurait pas du tout paru incongru qu’un vaisseau extraterrestre surgisse et nous téléporte. » En montant l’escalier : « J’ai 66 ans et ça m’a fait drôle, parce que franchement j’ai toujours pensé que 66 ans, c’était être très vieux. » Pensées sur la mort qui viennent pourrir le bon moment. Décision de ne pas partager ce texte sur les réseaux — différence entre publier sur le site (lieu stable, silencieux) et les réseaux (injonction à lire).

31 janvier

Long texte théorique sur les mots-signal et la mémoire de lecture. « Quand un lecteur rencontre certains mots, il ne réagit pas à leur définition, mais à l’écosystème de textes où ces mots ont déjà été rencontrés. » Balistique, coefficient, optimisation = discours technique. Aveu, fatigue, accord = registre moral ou administratif. Question stratégique : certains mots expliquent trop vite, referment trop tôt. « Ce n’est pas une science. C’est une pratique. » Suivi d’un texte fictionnel où les phrases « se déposent » sans avoir été appelées — mise en abyme de la réflexion théorique.

Note : Ce digest propose un aperçu jour par jour des carnets de janvier 2026. Chaque résumé capture un fragment significatif (une phrase forte, une idée, une scène) sans chercher à restituer la totalité ni à créer une continuité forcée. Pour lire les textes complets :

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