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5 octobre 2021 — Le dibbouk

On ne sait jamais

Mais on peut le prévoir, vous savez, on peut se préparer à cet instant en évitant de se faire à l’avance la plus petite idée. Être vide pour accueillir ce qui vient, pour accueillir ce maelström qui nous cueille et nous emporte. On ne sait jamais : c’est une locution ancienne, à dire, à murmurer, à chuchoter, assis sur un banc devant les petits tourbillons de feuilles qui s’élèvent soudain du sol. On ne sait jamais. S’il faut se préparer, c’est seulement à cela, à être vide, et c’est exactement ainsi qu’on peut observer ensuite comment tout se remplit, comme si la coupe n’avait pas de bord, à l’infini. J’avais préparé tout un tas de choses car il faut occuper l’esprit, lui faire croire. Puis, en poussant la porte, je me suis dit : merci, maintenant, chacun pour soi. Et ce fut ainsi exactement : tous arrivèrent sous la pluie, tous avaient fait le chemin. Chacun de son côté pour se retrouver là, ce soir, à partager le grand vide que je rapportais de ce voyage. Tous avaient les yeux grands ouverts ; j’ai bien pris le temps de voir. Au moment du discours, j’avais déjà prévu que ça se passerait comme ça. J’avais oublié, et j’ai dû improviser avec l’instant. Ce fut léger et bref. Un crépitement d’applaudissements s’est engouffré à l’infini. Puis nous avons bu plusieurs coups, il faut bien ça. C’était chouette : je me suis retrouvé en les retrouvant. Vous voyez bien, on ne sait jamais.

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