L’expérience de l’inutile.
J’ai longtemps choisi l’inutile, par goût de revanche, par tendresse aussi pour mes parents que je voyais prisonniers de l’utilité, du profit. Le malentendu entre nous venait de là. Ils avaient connu la guerre, la faim, les Trente Glorieuses. Ils ne comprenaient pas qu’on puisse refuser l’effort, la rentabilité. Dormir tard les angoissait. Ils me le faisaient savoir à coups de ceinturon, de cris. Le dialogue passait par la violence. Elle débordait déjà le cadre familial, saturait le monde entier. On s’y habituait. Je me souviens des voix de guerre, Algérie, Vietnam, devenues bruit de fond. (…)
Lire la suite →